Les corps sont éternellement ornés d’une seconde peau, tantôt celle-ci est le vêtement, tantôt celle-ci est le regard que le photographe dépose sur lui au moment de l’acte photographique. L’objectivité photographique restant un mythe, le photographe habille de son regard le photographié. Il oriente dès à présent le spectateur vers autre chose que ce qui est donné à voir. Le regard hors du cadre, une histoire annexe, les prémices de quelque chose hors du temps. Il en découle une double contemplation, l’image devient une « fenêtre sur ».

 

La stoïcité des corps repose sur leur inquiétante étrangeté. La transparence de leur regard ne révèle qu’une fuite plus importante encore, une opacité mystérieuse. Scinder et séparer les espaces de représentation qui entourent l’image photographique, créer des passages et allers retours dans le but d’une acceptation de l’impossibilité d’un corps nu, comme une image nue, à apparaitre d’elle-même, ne se trahissant pas. Une image totalement limpide et transparente.

 

A travers une image fuyante, une scène est donnée à voir. Le corps comme acteur de cette scène prend place dans l’image. Protagoniste mais pas seulement, j’aspirerais à ce qu’il devienne la scène lui-même, à ce qu’il incarne l’image photographique par sa présence. Celle-ci est tout d’abord matérielle, d’où l’importance du geste, de la posture et de son inscription dans l’espace :  Quel espace occupons-nous dans notre environnement ? 

 

Le corps n’est que de passage dans l’image, semblable à une empreinte.  

 

Une empreinte silencieuse.

© 2020 par Camille Brasselet.